Lundi 11 janvier 2010 1 11 /01 /2010 16:09

45761995Une petite librairie, à Poligny, dans le Jura, était en grande difficulté, faute de fréquentation. La suite, on la devine : cessation d'activité, fermeture, désert culturel ... 

Mais une soixantaine de clients, attachés à la "proximité du livre", ont créé une société par actions simplifiée (SAS) qui a permis la réouverture de l'établissement.

Entre arrivages de cartons, livres à mettre en rayon, nouvelles commandes et clients bien présents en période de rentrée scolaire, les bénévoles de la nouvelle librairie s'affairent. "Notre objectif est de maintenir la proximité du livre", explique Mathilde, présidente de la boutique née des cendres de la dernière librairie.

En difficulté financière, l'ancienne libraire avait fait part à plusieurs de ses clients, dès début 2008, de son intention de mettre un terme à son activité. Préoccupés par la disparition d'un énième commerce de proximité dans la commune ou attachés à la pérennité de ce lieu de culture, clients et habitants se sont mobilisés pour sauver leur librairie. "Comme il n'y avait pas de repreneur, nous avons fait le pari de trouver un budget", explique Corinne qui a travaillé trois ans en librairie à Paris avant de s'installer ici. Au mois d'août dernier, tous ensemble, ils ont créé une SAS dont le capital est constitué de plusieurs porteurs de part. Chaque part coûte 500 euros, pour un (budget) total de 55.000 euros. Parmi la soixantaine de personnes impliquées, chacune a acheté une, deux ou trois parts, devenant ainsi actionnaire de la SAS qui fonctionne sur le principe d'"une personne égale une voix". "Pour beaucoup de gens, c'était un élan du coeur mais aussi un effort financier.

Certains ne pouvaient pas mettre 500 euros et se sont regroupés", confient Mathilde et Corinne, qui occupe le nouveau poste de libraire, salarié, créé pour l'occasion. La mobilisation "n'a fonctionné que sur du réseau informel et par le bouche à oreille", selon la présidente, documentaliste de profession. "C'est très dynamisant, on fait souvent référence à l'économie solidaire, mais là, notre projet est une réalité concrète", ajoute-t-elle. La démarche des deux femmes et des autres actionnaires est renforcée par une certitude: "les gens ont encore le goût des livres". "Beaucoup de jeunes, à partir de 10 ans, entrent, regardent les livres, ressortent.

C'est un univers qui ne leur fait pas peur, c'est leur environnement", constate Corinne. A la nouvelle librairie, on reste toutefois conscient des difficultés de l'aventure. "Même si on part sur des bases économiques saines, il faut voir sur le long terme ce que ça va donner. C'est un commerce qui demande beaucoup d'investissements et d'efforts", dit Mathilde.

"La librairie est un des commerces les moins rentables, on le fait par passion", renchérit Corinne, affairée aux milieux des piles de livres et des "cartons porteurs d'espoir et d'avenir pour la librairie".


Et visiblement, personne n'a demandé se stock-options pour s'investir dans le projet ...

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