Je vais vous parler ici de deux aspects fondamentaux de notre patrimoine national : le camembert et la littérature. Afin de couper court à toute forme de protestation, voire de moquerie, je tiens à vous rappeler les différentes similitudes entre ces deux institutions, qui en font des sujets très complémentaires, bien que de forme différente.
Rassurez-vous, je ne vous demanderais pas si vous aimez le camembert, et je ne ferais pas de déclarations grandiloquentes sur les ennemis de la gastronomie fromagère. Vous êtes autorisés à apprécier toutes les formes littéraires, sans pour autant vous délecter de notre fromage national... Les deux ne sont pas liés ... Enfin presque pas ...
Pour ceux qui connaissent, en véritables disciples de Marie Harel, tous les termes techniques liés au fromage (affinage, coulant, pâte crue, pâte cuite ...), certaines analogies ne manqueront pas de les troubler, à la lecture de différents ouvrages
Puisque c'est un blog littéraire, causons donc de livres. Jean Teulé est un écrivain que j'aime lire; je suis rarement déçu par ses romans, et surtout par son style très travaillé, inimitable.
Voilà ! Vous la voyez venir, l'analogie ? Eh oui, au risque de déplaire aux puristes de la littérature sur piédestal, je compare volontiers un roman comme "Le Montespan" à un fromage authentique,
un camembert racé. Pas cet espèce de bout de plâtre aseptisé, au lait pasteurisé, que l'on ose qualifier de fromage, non, pas cette immonde ersatz... Mais un vrai camembert, à l'odeur
forte, boisée, dont on
sent que l'affinage va donner des résultats surprenant au palais. Comme le récit de cet excellent livre, il coule doucement, sans irrégularité, avec juste ce qu'il faut de subtilité et de
rugosité ... L'humour qui se dégage de cet ouvrage proto-historique est comme le vin que nous pourrions boire avec notre brave camembert : subtil et riche, afin d'exalter le goût fort et
authentique de l'aliment.
Vous devez penser que j'aime le camembert. J'avoue, j'adore ce fromage, ainsi que toutes les autres variétés, pour peu qu'elles soient authentiques. Il en est de même pour la lecture : je ne veux
pas être trompé, mais surpris. Prenez le dernier livre d'Olivier de Kersauzon, "Ocean's songs", et surtout, lisez-le. On est en plein dans l'authentique, dans la forme la plus épurée du récit de
voyage, là où chaque mot est à sa place et ... que dire d'autre ? C'est un vrai chef d'oeuvre. Si je devais encore comparer ce livre, comme le précédent, je dirais qu'il est
riche, mais cependant tout en
finesse; on sent que l'affinage a été long et soigné, comme pour une belle tome de Savoie, que l'on déguste dans certains coins de France avec un petit blanc sec et fruité.
Je n'évoquerais pas ici les livres qui me font plus penser à de la vache-qui-rit qu'à de nobles et rustiques fromages, mais vous aurez surement une vague idée de ceux auxquels je pense, en lecteurs avertis.